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« Les mauvaises nouvelles sont de bonnes nouvelles », selon le cynisme bien connu des marchés, et vendredi en a offert la démonstration la plus littérale. Le S&P 500 a terminé sur un nouveau record après que l’économie américaine a, contre toute attente, détruit 23 000 emplois en juillet, au lieu de la création de 83 000 postes anticipée. Le taux de chômage est tombé à 4,1 %, mais cette baisse ne reflète pas des embauches : elle s’explique par le fait que de nombreux Américains quittent massivement le marché du travail. Les chiffres de mai et de juin ont également été révisés à la baisse.
Le marché a accueilli ces signes de faiblesse avec un enthousiasme non dissimulé. Les investisseurs ont interprété ce mauvais chiffre de l’emploi comme un signal : la Fed devrait maintenir le statu quo en septembre. D’après les données du CME, les produits dérivés intègrent désormais une probabilité de 58 % d’une pause, contre 42 % pour une nouvelle hausse de taux. Le resserrement monétaire, qui paraissait encore récemment presque acquis, est passé au second plan.
Dynamiques des bénéfices des entreprises
La semaine s’est avérée être la meilleure pour les actions américaines depuis avril. Le S&P 500 et le Dow Jones ont progressé respectivement de 3,6 % et 3 %, tandis que le Nasdaq Composite a gagné 5,2 %. Toutefois, le mauvais rapport sur l’emploi ne suffit pas, à lui seul, à expliquer l’ampleur du rally. En réalité, la saison des résultats offre à Wall Street des chiffres comme elle n’en avait pas vus depuis longtemps : les entreprises du S&P 500 ont enregistré une hausse de leurs bénéfices de 50,4 % au deuxième trimestre, le niveau le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2021. D’après FactSet, 86 % des plus de 440 entreprises ayant publié leurs résultats ont dépassé les prévisions des analystes, avec des bénéfices effectifs supérieurs d’environ 29 % aux attentes, ce qui constitue la plus forte surprise positive depuis 2008.
De fait, les solides résultats des plus grandes entreprises dissipent les craintes selon lesquelles le rally serait tiré uniquement par quelques valeurs liées à l’IA. Néanmoins, la croissance des bénéfices reste concentrée dans les secteurs de l’énergie et de l’IA, en particulier chez les fabricants de mémoire qui répondent à une demande de puces en plein essor.
Parallèlement, les motifs d’inquiétude ne manquent pas : le conflit avec l’Iran reste irrésolu, et la Fed devra continuer de trouver un équilibre entre inflation et emploi. Pourtant, ce n’est pas la géopolitique mais bien l’euphorie qui inquiète le plus les stratégistes. Selon Bank of America, l’indicateur bull-bear est monté à 9,7 contre 9,4, son plus haut niveau depuis 2021. Historiquement, de tels niveaux d’optimisme ont précédé des corrections brutales et douloureuses de l’indice actions dans son ensemble.
Ainsi, le marché a reçu en même temps deux raisons de se reprendre – des chiffres décevants sur l’emploi et de solides résultats – mais c’est précisément cette coïncidence qui alimente un excès de confiance collective. Un seul homme ne fait pas la guerre : même des résultats brillants ne changent rien au fait que le marché a oublié la prudence depuis trop longtemps, et que Wall Street a la mémoire courte.
Des bénéfices solides suffiront‑ils pour que les investisseurs fassent abstraction de l’optimisme débridé de leurs propres collègues ? J’en doute.
Techniquement, sur le graphique quotidien du S&P 500, la bougie doji a été validée, ce qui indique que l’initiative est repassée du côté des acheteurs. Les positions longues initiées au niveau pivot de 7 730 peuvent être augmentées en cas de franchissement des 7 800.